La donnée ESG, au cœur des grands enjeux de la finance de demain

Dans le monde de la finance durable, le nerf de la guerre n’est pas uniquement l’argent, c’est aussi la donnée. Les dimensions environnementales, sociales ou de gouvernance (dites ESG) sont plus que jamais un sujet majeur dans les décisions d’investissement des acteurs financiers, en particulier avec la publication du règlement européen Disclosure et les travaux en cours sur l’intégration des critères ESG au sein des directives MIFID II, UCITs et AIFM.

Pour autant, avant même d’envisager d’adapter les processus d’investissement, de mettre en œuvre des pratiques en termes d’exclusion ou encore de créer des indicateurs… Il convient de collecter et de rassembler les informations ESG quantitatives et qualitatives nécessaires. En effet, disposer de données ESG de qualité et pouvoir les analyser de manière efficace représente un défi de taille pour les acteurs du secteur financier. Contrairement aux données financières, qui répondent à des critères standardisés et à un cadre réglementaire précis, les données ESG peuvent être à la fois quantitatives et qualitatives. Elles sont donc difficiles à trouver, à extraire, à mesurer, et nécessitent souvent une collecte manuelle.

Collecter la donnée extra-financière : deux écoles complémentaires

Dans un premier temps, du fait de l’émergence de ces nouveaux enjeux, certains investisseurs ont commencé à récolter eux-mêmes la donnée ESG, en particulier via les données publiées par les émetteurs. Précurseurs, ces investisseurs ont joué un rôle de premier plan en matière de finance responsable en développant les premiers modèles internes d’analyse. Les obligations en matière de reportings des entreprises s’accroissant, cela a par ailleurs permis de rendre disponible de nombreuses informations sur les pratiques durables des entreprises.

Une situation qui n’est pas sans soulever certains défis. D’une part, si ces indicateurs peuvent être significatifs aux yeux des entreprises qui les mettent à disposition, ils ne le sont pas forcément pour les investisseurs. D’autre part, les données ESG fournies varient d’une entreprise à une autre et génèrent beaucoup de manualité pour les obtenir. En effet, il n’existe actuellement pas de norme qui doit être systématiquement appliquée par les sociétés en matière de reporting. En outre, ces informations ne sont pas publiées sous un format universel, ce qui les rend difficilement accessibles et comparables.

Face à ces difficultés et la demande accrue en données ESG de la part des investisseurs, on a vu apparaître cette dernière décennie de nombreux fournisseurs de données, sur lesquels les acteurs financiers peuvent s’appuyer afin d’acheter de la donnée extra-financière.

Les dépenses réalisées pour l’acquisition de données ESG ont ainsi connu un important essor, passant, selon la société de conseil Opimas, de 300 millions de dollars en 2016 à près de 900 millions en 2019. UBS, de son côté, estime le marché des données et services ESG à plus de 2 milliards de dollars, montant qui pourrait, selon ses estimations, dépasser les 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires mondial d’ici 2025. 

Après une importante vague de concentration enregistrée chez les fournisseurs au cours des trois dernières années, la quasi-totalité d’entre eux sont désormais anglo-saxons. Une situation qui commence à faire réagir les asset managers européens et notamment français. Au-delà des enjeux économiques, c’est bien la vision de l’ESG pour les années à venir qui est en jeu.

Fournisseurs de données, des solutions ESG diversifiées

Les fournisseurs de données proposent de nombreuses offres liées à l’ESG. On peut classer ces offres en plusieurs catégories de produits et services.

Notation ESG : Le « rating » ou score ESG vise à apprécier dans quelle mesure une entreprise ou un état est exposé aux enjeux ESG. Le score ESG est construit à partir d’un ensemble de données élémentaires (les datapoints) liées aux axes E, S et G, et auxquelles sont affectées des valeurs. Ces valeurs sont agrégées par classes homogènes, ce qui permet d’établir un sous score pour chacune des composantes E, S et G. Un score global (score ESG) agrège ensuite ces trois sous scores. Ce type de rating est proposé par la grande majorité les acteurs de la donnée. Toutefois, les données brutes utilisées, les méthodologies et la couverture varient considérablement d’un acteur à l’autre.

Donnée ESG brutes : Extraites d’un ensemble de données non structurées, les informations ESG brutes quantitatives sont un outil pertinent dans la mesure de l’impact des entreprises. Ces datapoints quantitatives génèrent une importante demande de la part des investisseurs, en particulier avec la mise en œuvre du règlement SFDR, qui impose aux acteurs financiers le reporting sur plus de 15 indicateurs, comme par exemple la mesure des émissions de GES, les impacts sur la biodiversité ou encore les écarts de rémunération Hommes/Femmes dans les entreprises investies. Du fait des contraintes réglementaires, ces informations commencent à être mis à disposition par les fournisseurs de données et sont en passe de prendre l’ascendant sur les ratings. En effet, celles-ci ont l’avantage d’être bien plus transparentes qu’un score final. Ainsi, sur la base de ces données brutes, chaque investisseur peut ensuite construire sa propre grille de notation interne.

Les Mesure de risque : Autre enjeu clé pour les institutions financières, la mesure des risques liés aux aspects extra-financiers. Entre risques physiques et de transition sur les sujets climat, mesure des risques pesant sur les chaines d’approvisionnement, alignement avec les trajectoires 2 degrés… Les données de mesure des risques sont nombreuses et permettent des analyses approfondies des investissements. Cette offre de service est proposée par la plupart des providers de données, avec des couvertures et des méthodologies variables.

Controverses / Screening des activités controversées : Une controverse ESG peut être définie comme un incident ou une situation existante dans lesquels une entreprise est confrontée à des allégations de comportement négatif à l’égard de diverses parties prenantes (employés, fournisseurs, collectivités, environnement, actionnaires…). Étudier, analyser et mesurer la capacité de gestion des controverses est un excellent moyen de maitriser les risques opérationnels et de réputation des entreprises investies. Les services proposés en matière de controverses permettent d’étudier l’exposition des entreprises à des activités sensibles, d’accéder aux controverses en question, de mesurer l’importance de chacune d’entre elles, leur risque d’occurrence, leur impact potentiel et la capacité de l’entreprise à gérer ces enjeux.

Indices : Un indice de référence (benchmark) est un indicateur permettant d’évaluer la performance d’un fond, par rapport à son marché de référence. Les indices sont donc des panels de plusieurs actions sont représentatifs d’un marché (par exemple, le CAC 40 reflète la performance des grandes entreprises françaises) ou d’un secteur d’activité (par exemple, le MSCI World Health Care, représente les actions du secteur de la santé). Du fait de l’augmentation de la prise en compte des enjeux ESG par les institutions financières, la majorité des fournisseurs de données extra-financières proposent aujourd’hui des indices de référence ESG, permettant l’utilisation de benchmarks au plus proche des stratégies mises en place par les fonds d’investissement.

Alignement vis-à-vis de standards/réglementations de place : Autre service en pleine expansion, celui de la mesure de l’alignement des entreprises avec divers standards (TCFD, Objectifs de Développement Durable de l’ONU…) et réglementations (Taxonomie, SFDR…). En effet, afin de travailler au plus près des enjeux des institutions financières, la majorité des fournisseurs de données proposent aujourd’hui des services spécialisés, répondant à des besoins opérationnels spécifiques.

Le suivi de l’engagement actionnarial : enfin, les pratiques d’engagement et d’influence sont un autre type de services proposés par certaines sociétés spécialisées. Au-delà d’offrir des données, elles proposent aussi d’accompagner les entreprises dans l’utilisation de leur droit de vote afin de peser dans les décisions de gouvernance des entreprises investies. Les activités d’engagement permettent en effet d’entrer dans un processus de négociation et de dialogue de long terme avec les émetteurs, dont l’objectif est d’influencer leur comportement en termes de pratiques sociales, éthiques, de gouvernance et environnementales. 

En route vers une standardisation des méthodes et des pratiques

La croissance rapide du marché de la donnée ESG engendre bien entendu un certain nombre de limites, dont les fournisseurs de données doivent se saisir afin d’améliorer les pratiques. Il s’agira par exemple, comme l’a rappelé l’AMF dans son troisième rapport sur les approches extra-financières dans la gestion collective, d’améliorer la transparence des méthodes et l’auditabilité des données.

Enfin, le défi pour les fournisseurs de données extra-financières sera le développement de standards permettant une plus faible variabilité des informations d’un fournisseur de données à l’autre. Pour exemple, afin d’évaluer la convergence des estimations de données d’émissions de gaz à effet de serre des différents fournisseurs, l’AMF a demandé à plusieurs acteurs, leurs données carbone relatives à une liste d’un peu moins de trente entreprises françaises du SBF 120. Parmi les quatre prestataires interrogés, seuls deux ont répondu favorablement à la demande. Sur les réponses collectées, l’AMF a effectué des contrôles en croisant l’information entre acteurs et, sur deux exemples, en comparant avec les données des émetteurs. Il en ressort des écarts relatifs de 16% pour le scope 1, 13% pour le scope 2 et une variabilité très importante sur le scope 3 avec une moyenne de la valeur absolue des écarts relatifs égale à 218 %.

Preuve donc que la mise en qualité des données reste un véritable défi pour les fournisseurs. Afin de travailler collectivement sur ces enjeux, on peut citer l’initiative FoSDA lancée à Davos en janvier 2020 par Refinitiv et le Forum économique mondial. La « Future of Sustainable Data Alliance » (FoSDA) est une alliance multi-membres visant à aborder la crise climatique et les problèmes de durabilité du point de vue des données et à favoriser la collaboration sur les marchés financiers. La FoSDA estime que les investisseurs ont besoin de données fiables et prêtes à la décision pour investir en toute confiance dans des activités économiques durables. C’est à cette fin que les différentes parties prenantes travaillent pour offrir une donnée toujours plus pertinente et qualitative aux institutions financières. Seront-elles capables de répondre à cet enjeu assez rapidement pour permettre d’accompagner la transition écologique et la lutte contre le changement climatique ? C’est tout l’enjeu !

Sarah Labbé

Consultante ESG & RSE

Sarah est co-fondatrice et secrétaire générale de l’association les Acteurs de la Finance Responsable (AFR). Les Acteurs de la Finance Responsable (AFR) est une association déclarée dont l’ambition est de fédérer une communauté d’experts de la finance responsable et de contribuer au développement de bonnes pratiques autour des grands enjeux français et internationaux de la finance responsable. Après plusieurs années d’expérience dans le monde de la finance et des banques d’investissement, Sarah a décidé de s’engager pour soutenir le développement d’une finance durable et inclusive, au service des causes sociales et environnementales. Depuis près de 5 ans, elle accompagne les entreprises et les institutions financières qui s’engagent en faveur du développement durable.

C’est dans ce cadre qu’elle collabore avec Scaled Risk afin d’accompagner le développement de solutions toujours plus innovantes en matière de traitement de la donnée extra-financière. Intégration, réconciliation, dashboard, reporting, modélisation, simulation ESG… Les innovations Scaled Risk accompagnent la montée en compétences des institutions financières sur les sujets de finance responsable.

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